Les chutes des Chaudières
Au croisement des mondes
À la frontière entre l’Ontario et le Québec, la rivière des Outaouais constituait une importante voie commerciale vers l’intérieur des terres d’Amérique du Nord. Les chutes des Chaudières, obstacle majeur sur cette voie et également lieu sacré, devaient être contournées par les Premiers Peuples et les voyageurs européens. Avec leurs canots, leurs bagages et leurs marchandises sur le dos, ils gravissaient une côte escarpée afin de franchir le site de portage à pied, avant de reprendre la rivière une fois les chutes dépassées. Au fil du temps, c’est autour de ce passage que se sont développées les premières industries de Hull, notamment la E. B. Eddy Company, d’abord connue pour la production d’allumettes, puis pour celle de papier.
Aujourd’hui, derrière le paysage industriel de Hull, à Gatineau, les chutes sont presque dissimulées. Quelques endroits permettent toutefois encore de les percevoir. Depuis le centre du pont des Chaudières, au bout de la rue Eddy, contemplez le spectacle naturel qu’elles offrent, à l’écart de la frénésie urbaine.
Les Chutes de la Chaudière à Ottawa en juin, vues lors d’un tour en montgolfière, Shanta, 2006, via Wikipédia
La ville et la rivière
Dans le secteur, si vous cherchez un endroit paisible, plusieurs parcs ont été aménagés autour des chutes par la Commission de la capitale nationale, en collaboration avec des partenaires locaux et des initiatives issues de la nation algonquine anishinabe. Ces aménagements redonnent à ce lieu chargé d’histoire une certaine accessibilité. Vous pouvez y parcourir des sentiers, vous arrêter sur des plateformes d’observation et consulter des panneaux d’interprétation mettant en valeur l’héritage du site.
Parmi les sentiers disponibles, le sentier des Voyageurs longe la rivière et offre de nombreux points de vue sur l’eau. Que vous soyez à vélo ou à pied, ce sont 30 km de pistes qui s’étendent entre les secteurs d’Aylmer et de Hull. En chemin, un arrêt s’impose au parc des Portageurs. Comme son nom l’indique, le parc est situé directement sur le site du portage qu’empruntaient les voyageurs pour contourner les rapides. Deux œuvres d’art y attendent les visiteurs, de même que quelques artéfacts et traces laissées par les portageurs, témoins d’un passé particulièrement riche.
D’autres espaces verts, notamment les parcs Pangishimo et Tesasini, situés sur l’île des Chaudières et sur la rive nord, offrent une vue sur le courant de la rivière et laissent entrevoir la puissance des chutes, autrement dissimulées derrière le barrage et les bâtiments environnants. Le spectacle est particulièrement saisissant lors de la crue printanière. Grâce à ces espaces, la nature, la mémoire et le paysage contemporain se croisent pour donner aux chutes un caractère unique, à la fois apaisant et profondément enraciné dans le territoire.
Une mémoire ancrée dans le paysage
Les chutes des Chaudières ne constituent pas seulement un élément marquant du paysage régional ; elles possèdent également une portée culturelle et historique importante. Bien avant l’urbanisation du secteur, elles étaient désignées par les noms Asticou et Akikodjiwan, des termes d’origine algonquine faisant référence à la forme d’une « chaudière » ainsi qu’au mouvement de l’eau en « ébullition » à l’intérieur du saut.
Par leur présence imposante sur le parcours de la rivière et leur rôle rituel, les chutes occupent une place importante pour la Nation algonquine. Avec le portage nécessaire à leur traversée, le site est devenu un carrefour à la fois commercial et culturel, un rôle encore visible dans sa position au point de rencontre entre deux provinces, deux villes et plusieurs communautés.
De nos jours, le barrage qui entoure les chutes modifie considérablement leur apparence. Imaginez toutefois leur puissance à une époque où rien ne freinait le courant de la rivière, alors que l’eau se déversait librement dans un immense torrent !
Ottawa Les Chaudières, Armstrong, Le Monde illustré, Vol. 7, no 316 (24 mai 1890), p. 56, via BANQ
Entre frontières et carrefour
Les chutes des Chaudières témoignent de l’entrecroisement des dimensions culturelle, historique, mémorielle et urbaine. Coulant depuis des millénaires, elles rappellent à quel point certains lieux peuvent porter plusieurs récits à la fois. Tout en marquant les frontières entre territoires, elles demeurent un lieu de rassemblement pour les communautés de la région. C’est d’ailleurs au centre du pont des Chaudières, entre les deux rives, que vous pourrez apprécier ce paysage qui persiste, malgré tout, à raconter son histoire.
Carte postale Chutes Chaudières, Hull, Que., sans date, via BANQ
Sources
Boucher, L. N. (s.d.). Chutes des Chaudières en Outaouais. Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française. https://www.ameriquefrancaise.org/articles/chutes-des-chaudieres-en-outaouais
Commission de la capitale nationale. (s.d.). Le parc des Portageurs. https://ccn-ncc.gc.ca/endroits/le-parc-des-portageurs
Commission de la capitale nationale. (s.d.). Parcs entourant le pont des Chaudières. https://ccn-ncc.gc.ca/endroits/parcs-entourant-le-pont-des-chaudieres
Hydro Ottawa. (s.d.). Chutes de la Chaudière : plaque tournante du passé et de l’avenir d’Ottawa. https://hydroottawa.com/fr/blog/chutes-de-la-chaudiere-plaque-tournante-du-passe-et-de-lavenir-dottawa
Ministère de la Culture et des Communications. (2024). Secteur industriel de la Chute-des-Chaudières. https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=218475&type=bien
Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais. (s.d.). Chutes Chaudière. https://www.reseaupatrimoine.ca/sur-les-traces-du-patrimoine/fiches/chutes-chaudiere/
Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais. (s.d.). Sentier des Voyageurs. Les trésors du patrimoine. https://www.reseaupatrimoine.ca/cyberexpositions/les-tresors-du-patrimoine/entre-ville-et-nature/sentier-des-voyageurs/
Rodier, L. (2013). L’Asticou, lieu des trois portages sur la rivière des Outaouais. Histoire, patrimoine et éducation. https://histoirepatrimoineducation.net/tag/chutes-de-la-chaudiere/